Vanupié et Soviet Suprem au Murmure du son


Festivals / Thursday, August 1st, 2019

Le Murmure du son s’est déroulé les 12 et 13 Juillet 2019, à Eu (Seine-Maritime). Cette année, la programmation a étonné le public eudois ! Certains méconnaissaient le line-up et ont découvert les artistes en live. D’autres étaient incroyablement surpris et ravis de ce choix singulier. C’est une très belle initiative que de proposer un line-up qui ne ressemble à aucun festival. Quoi qu’il en soit, le Murmure Du Son se veut de très belle qualité pour les initiés : le ska inégalable de La Ruda, le rock survolté et historique de No one is innocent, le reggae voluptueux de Vanupié et ses excellents musiciens, la révolution du dancefloor de Soviet Suprem, la démonstration musicale des Ogres de barback… 6000 festivaliers ont ainsi pu profiter de ces explorations sonores proposées par un festival fédérateur et convivial qui ne fait que grandir.

Nous sommes allés à la rencontre de Vanupié et Soviet Suprem, des artistes inspirants bien qu’incomparables…

Vanupié ouvre le bal avec un reggae apprécié de toutes et tous, chanté avec sincérité et un timbre de voix très particulier voire indéfinissable.

Crédit photo : Will Dum
  • Vanupié, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

“Vanupié, auteur-compositeur. Je suis né à Annecy mais j’ai passé une grande partie de ma vie en région parisienne. J’étais dans la publicité avant ma carrière musicale, c’est le même processus finalement : je suis dans la création de textes, d’images, d’idées.”

  • Vous n’envisagiez pas de faire une carrière dans la publicité malgré tout ?

“C’était cool, j’aimais beaucoup. La seule chose qui m’a dérangé, c’est qu’à un moment donné j’avais besoin de faire un truc qui me ressemblait, qui ait du sens pour moi. La musique me permet de créer des choses plus personnelles.”

  • Quelle est votre source d’inspiration ?

“Cyrano de Bergerac ! Et je suis très cinéma où la créativité est totale. Il faut que ce soit beau, un univers à part entière. Il faut que ça fasse rêver. Avatar, Tarantino par exemple.”

  • De l’Art avec un grand “A” ! Si vous aviez un lieu pour trouver l’inspiration ?

“Chez moi. J’habite un petit appartement où je fais face à mon ordi, mes instrus et je compose toute la journée.”

  • Pour revenir sur votre dernier album “Gold”, ça fait quoi de chanter avec le grand Harrison Stafford ? Un duo d’exception, vos voix se marient si bien !

“C’est lui qui m’a proposé ce duo ! Nous devions faire un morceau sur scène. Il y avait Naâman, Balik de Danakil, Yaniss Odua… Et Harrison Stafford nous a proposé de reprendre tous ensemble un titre de Bob Marley. Ce n’était pas préparé, je ne me sentais pas de le faire en freestyle. J’aime que les choses soient préparées. Je lui ai dit que ce n’était pas grave. À la fin, il m’a proposé de faire une chanson ensemble. Nous avons donc travaillé sur cette chanson durant deux ans. J’avais fait une quarantaine de dates en première partie, c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés.”

  • Les projets en cours et à venir ?

“J’ai créé un label pour m’auto-produire. Je produis actuellement deux artistes également. À côté de cela, j’ai trois livres pour enfant. J’ai ensuite un roman qui est en train d’être adapté au cinéma. Le prochain album que je commence actuellement, en espérant pouvoir le sortir en fin d’année prochaine. Et les tournées ! Si je peux jouer tous les jours de l’année, moi ça me va !”

  • Une anecdote de tournée ?

“Une fois, tout le son s’est arrêté, la lumière également. J’ai continué, seul avec ma guitare. J’ai demandé au public de se rapprocher, c’était au Reggae Sun Ska. Le métro est formateur pour ça : jouer dans de mauvaises conditions et s’adapter rapidement !”

  • Un mot sur le “Murmure du son” ?

“Très cool ! J’ai connu le Murmure l’année dernière et j’étais très intéressé pour y jouer. Un festival petit mais costaud !

R-Wan de Soviet Suprem, une rencontre chaleureuse où le calme étonnant règnait après avoir soulevé la foule eudoise. Soviet Suprem, un concept unique… Et si vous ne connaissiez pas, au goulag !

Crédit photo : Will Dum
  • R-wan, pouvez-vous présenter la révolution du dancefloor, le concept et la naissance de Soviet Suprem ?

“Soviet Suprem, c’est un projet né en 2014. Toma, originaire de Pologne et Roumanie, avait un groupe “La Caravane Passe” aux influences tziganes et balkaniques, nous avons sympathisé et fait un morceau. J’ai un groupe appelé Java, nous faisions des featuring. Toma faisait des soirées s’appelant les BalkanBeats. Un soir, il m’a invité à venir. Ce projet a pris naissance après cette soirée improbable ! Lorsque l’on a décidé de monter ce groupe, on s’amusait, c’était une blague. Nous pensions que ça durerait six mois.”

  • Le lien avec le Parti Communiste ?

“L’arrière grand-père de Toma était au PC, il nous fallait trouver un nom et “Soviet Suprem” ça nous a fait rire. Nous avons grandi en allant à la Fête de l’Huma. Mon père était journaliste et interviewait souvent Georges Marchais, l’ancien secrétaire général du parti. Nous sommes vieux, nous avions donc connu l’avant chute du mur, en 89. Nous avons grandi avec un monde divisé en deux. Le Parti Communiste faisait peur. Lors des déjeuners en famille, on s’engueulait ! J’ai vu le pouvoir d’une chanson lorsque nous avions chanté “L’Internationale” à table. Mon grand-père qui était au RPR a cassé l’assiette et a quitté la table où l’on ne devait pas chanter “L’Internationale” chez lui.”

  • Soviet Suprem, c’est un univers en soi !

“Effectivement. Nous avons cherché nos noms où toute la révolution devait se faire autour de la musique : John Lenine, Toma. Moi, j’étais le méchant, Silverster Staline. Nous avons tout de suite trouvé un label, ça a fait rire, ça a parlé aux gens. Nous avons commencé à créer notre univers, à construire ce spectacle, à faire les friperies pour trouver des habits soviétiques etc. Nous voulions faire un groupe dont l’image serait évidente. Nous avons décidé de développer un esprit satyrique qui renverserait les codes du marketing. Le pitch est le suivant : Silverster Staline et John Lenine ont été cryogénisés et se réveillent en 2014. Ils décident de faire la révolution du dancefloor. Le premier album s’appelait “l’Internationale”. Après la chute du mur, il y a eu la world music, vu sous le prisme anglo-saxon. L’idée était alors de se demander ce que serait la musique du monde aujourd’hui si l’URSS avait gagné la guerre froide ? Le premier album était donc en opposition à cette world music. Le deuxième album s’appelle “Marx Attack” qui est beaucoup plus électro correspondant à l’URSS des années 1980, l’URSS décadente de Rocky 4.”

  • Vous êtes des censures ?

“La musique est quelque chose d’extrêmement dictatoriale. Nous avons joué sur ces clichés, nous obligeons les gens à applaudir, nous les manipulons, c’est de la propagande. C’est grand-guignolesque. C’est presque du théâtre de rue. Ça permet aussi aux gens de penser à nouveau qu’il n’y a pas eu que le système libéral actuel, que le monde était divisé en deux.”

  • Nous sommes obligés de reparler de la Fête de l’Huma ! C’était un de vos objectifs, comme une concrétisation ?

“Nous en avions plusieurs : jouer sur la grande scène de la Fête de l’Huma ; à notre mort, avoir un mausolée comme Lénine ou mourir sur la Fête de l’Huma. Nous aimerions également jouer en Russie ! Je pense que ça les ferait rire. C’est finalement très français, nous avons une vision assez folkloriste du communisme, n’ayant jamais eu le PC au pouvoir en France.”

  • Est-ce que vous avez fait une rencontre inspirante, mémorable, inespérée ?

“J’ai rencontré une chanteuse qui s’appelle Karimouche, une femme extraordinaire. Elle va sortir un album. J’ai énormément d’admiration.”

  • Des projets à venir ?

“J’aime écrire. J’écris actuellement un album solo. Il n’y a plus d’argent dans la musique, les musiciens sont au chômage… On fait un truc révolutionnaire : on enregistre les musiciens ! (rire). Un retour par la musique avec laquelle j’ai commencé : un mélange de rap/accordéon/cajun de façon poétique où j’essaie de soigner la “textiture”.”

  • Un mot sur le Murmure Du Son ?

“La musique nous permet d’être libertaire et d’être en dehors du politique. Ce qui est plus intéressant pour un groupe comme le nôtre, c’est de jouer dans un festival comme ce soir où il n’y a pas de connotations politiques, où les gens sont surpris. À la Fête de l’Huma, nous arrivons en terrain conquis, nous sommes chez nous. Ce soir, nous avions un public qui ne connaissait pas et je voyais des gens rigoler, sourire, se demander ce qu’ils étaient en train de voir et d’écouter. C’est donc une blague qui devait durer six mois, qui dure depuis cinq ans.

Ami(e)s murmureux, nous vous donnons rendez-vous en 2020 !

Crédit photo : Will Dum
Crédit photo : Will Dum
Crédit photo : Will Dum
Crédit photo : Will Dum

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